Patrimoine

Le patrimoine de la commune de Tieffenbach

Les cimetières

Photo: l'ancien cimetière autour de l'église catholique

Un morceau de l’histoire de l’église de Tieffenbach.
Article de L. Ch. Will - 20 mars 1927

L’article qui suit attendait depuis quelques semaines pour voir le jour, si on peut dire que les pages du «Messager de la paix » signifient le monde. Le hasard veut que dans les semaines à venir les collecteurs de Tieffenbach vont à nouveau se rendre dans une série de villages pour collecter des fonds pour rembourser la dette de l’église d’un montant de 60 000 francs. Ils veulent vérifier si le texte biblique de dimanche dernier est entré dans les cœurs, si leur amour est bon. Une autre chose est à noter : que dimanche dernier le nouveau cimetière a été inauguré et que la veille, le dernier à avoir été enterré dans l’ancien cimetière est le pasteur Emil Liebrich qui fût pasteur à Tieffenbach durant de longues années.
Cher coreligionnaire ! Tu te prépare à porter en terre tes chers morts dans le tout nouveau cimetière qui vient d’être mis en place. Déjà les solides murs regardent sur toi. Un regard encore inhabituel qui réjouit ton cœur. Il est encore difficile pour toi de te convaincre que cette magnifique prairie doit être un cimetière sérieux sur laquelle toi aussi tu reposeras un jour. Sur cette prairie où tu as joué, où tu as cueilli des fleurs, où tu as gardé les bêtes, où comme homme, dans un travail difficile mais joyeux, tu as coupé puis séché et rentré le foin et le regain. Trop frais et vivants sont encore tous ces souvenirs de la vie – Et pourtant un jour tu reposeras ici, pas avec tes parents, tes frères et sœurs, tes amis qui reposent dans l’ancien cimetière devenu exigu. Ton coeur regrette de ne pas reposer parmi eux lorsque la volonté de Dieu mettra un terme à ta vie.
C’est aussi cela que ressentaient tes parents et grands-parents, lorsqu’ils durent prendre congé du premier cimetière, après avoir débuté les travaux sur le second endroit pour les enterrements que tu quittes maintenant.
Les mêmes sentiments devaient probablement avoir les habitants d’Adamswiller, de Weislingen, de Struth, de Hinsbourg et de Puberg, lorsqu’il y a fort longtemps ils durent arrêter de descendre leurs morts à leur église de Tieffenbach pour les enterrer. Ils se souvenaient avec fidélité et reconnaissance de leurs aïeuls qui reposent parmi les tiens.
Pour raviver en toi ces souvenirs, cher coreligionnaire je t’écris ici ce que je sais de la longue histoire de tes cimetières.
Il y a très très longtemps Tieffenbach était un ermitage, une sorte de couvent au milieu des forêts profondes. Les moines ont rendu les forêts fertiles et des habitants se sont fixés autour d’eux. C’est ainsi que fut créé le village de Tieffenbach. Beaucoup plus tard seulement les villages autour se sont crées. D’abord Adamswiller puis, encore plus tard, les fermes de Weislingen qui étaient une filiale de Hambach (Waldhambach). Ces ermitages faisaient partie de la paroisse de Tieffenbach où ils enterraient également leurs morts autour de l’ancienne église de Tieffenbach. Ceci était souvent difficile, notamment en période hivernale. C’est pourquoi aux environs de 1550 les gens d’Adamswiller ont enterré leurs morts dans leur propre cimetière. Cet exemple fût suivi 50 ans plus tard par les verriers de Struth. Dans les années 1556 à 1560 les comtes de La Petite Pierre introduisent la réforme dans leur comté. Toute la région, sans exception fût protestante. Sans les méchantes conséquences des la guerre de trente ans, cela serait probablement encore comme cela.
La longue guerre dépeupla complètement la région. A Tieffenbach ne vivait plus durant de longues années qu’un seul homme, le meunier et à Struth une pauvre veuve avec son fils. Puberg et Hinsbourg étaient complètement délaissés. Parmi les colons, qui avaient été cherchés par les gouvernants locaux pour repeupler les villages tombés en ruines ne se trouvaient au début aucun catholique, seulement des luthériens, réformés, allemands et suisses. Les premiers catholiques se sont installés à Weislingen autour de l’année 1710, c’est à dire les familles J.G Loos et Adam Lentz. Seulement la libération des compagnies libres en l’an 1714 et l’installation en 1730 des forges ramenèrent quelques familles catholiques à Tieffenbach. C’en été fini avec la vieille et belle unité, et le comté se dépêcha de donner un soutien aux protestants en la personne d’un pasteur. Rien n’avait changé dans la paroisse, sauf que dorénavant les protestants de Weislingen faisaient partie de la paroisse de Tieffenbach et avaient leur propre cimetière. Mais avec le temps se sont sept familles catholiques qui s’étaient formés à Tieffenbach. C’était aussi le seuil pour obtenir le droit d’utiliser l’église. Le 24 août 1738 l’église de Tieffenbach fût déclarée « simultanée » par les autorités françaises, le cœur fût donné aux catholiques, ainsi que le droit de partager le cimetière. Les règles de partage du cimetière étaient absolument insuffisantes. Seulement lorsqu’en 1743 l’église, qui tombait en ruine, fût reconstruite les premières frictions apparurent entre les deux confessions à cause du cimetière. En 1748 le curé partagea le cimetière de manière à laisser la place autour de l’église aux catholiques, alors, que les protestants, qui représentaient de loin la majorité, n’avaient plus que les coins extérieurs. Les gouverneurs de Lützelstein protestèrent contre cette manière perfide et demandèrent à l’intendant d’Alsace en 1749 le juriste von Wimpffen de venir à Tieffenbach avec la mission de partager le cimetière entre les deux confessions.
Wimpffen ne se dépêcha pas pour mettre fin au scandale: Ce n’est qu’en avril 1751 qu’il se rend à Tieffenbach. Il propose à l’intendance d’attribuer la partie droite du cimetière à partir du pilier droit (1) aux catholiques et la partie gauche aux protestants. Cette proposition fût acceptée par l’intendance le 13 septembre 1752. Dans quel état désastreux devait se trouver le cimetière après ce changement ?
La moitié du cimetière était beaucoup trop petite pour les protestants. En l’an 1760 ils adressent par l’intermédiaire du pasteur Glaser une demande d’agrandissement du cimetière au Comte.
(1) Cette précision exacte du pilier droit jusqu’à la moitié avait été faite à la demande expresse des habitants de Tieffenbach suite à une mauvaise expérience qui les avait rendu méfiants. Un curé n’avait-il pas déclaré un peu plus tôt que puisque le cimetière ne commençait qu’au pilier gauche, l’entrée de l’église appartenait aux catholiques et qu’on pouvait donc interdire l’accès de l’église aux protestants ?


Tieffenbach le 8 Mai 1769.
Votre Altesse le Duc
Gracieux Prince et Maitre !

Il est dans l’extrême nécessité que les habitants évangélistes-luthériens et réformés des villages de la paroisse de Tieffenbach que sont Tieffenbach, Buesweiler (Weislingen), Hinsberg (Hinsbourg) et Struth puissent bénéficier d’un agrandissement de leur cimetière communal. Il n’est par rare que l’on doive enterrer un cadavre sans que l’on doive déterrer des morts qui n’y reposaient que depuis quelques années.
Il appartient à votre sérénissime Altesse de juger cette demande d’autorisation avec clémence. Et comme il n’existe pour cet agrandissement pas d’autre endroit plus approprié que la moitié du jardin du presbytère situé à côté de l’église , nous demandons en même temps à votre altesse qu’elle nous attribue cette moitié de jardin. Cette moitié de jardin a une surface d’environ un quart d’acre que nous promettons d’échanger contre un demi acre de bonne terre bien située.
Nous avons présenté cette demande de nouvelle place pour les enterrements aux habitants catholiques de notre village et leur avons proposé, de manière équitable, de partager les frais afférents.
Seul le curé Troestler a fait une déposition à Peter Maire, chargé par le tribunal à Tieffenbach et Martin Peter membre du consistoire qui avaient été envoyés chez lui. Il était prêt à accéder à leur demande mais ses paroissiens, qu’il avait interrogé n’y étaient pas favorable car ils ne manquaient pas de places et qu’à côté de cela ils avaient aussi des places pour des enterrements spéciaux à Struth, Frohmuhl (où habitaient la plupart de leurs fidèles) Walhambach et Volksberg.
Mais comme nous les protestants n’avons pas d’autres endroits que la petite place du cimetière de l’église catholique et que nous sommes obligés de procéder à l’agrandissement cité plus haut, nous espérons que nous soyons les seuls propriétaires du nouveau cimetière
Votre humble serviteur Pasteur Glaser.

Cette pétition reçue l’aval du consistoire supérieur de Zweibrücken le 6 août 1769 dont dépendaient les paroisses luthériennes du Comté de Lüzelstein. Pour des raisons inconnues de ma par cette affaire resta sans suite. Les bonnes gens se virent obligés de proposer à nouveau cette affaire. Le pasteur, les anciens de l’église, et de nombreux citoyens transmirent au consistoire supérieur la pétition suivante :

Tieffenbach le 11 décembre 1777
Le 8 mars 1769 le pasteur luthérien d’alors Glaser et le Dorfsteher ont déjà transmis à votre altesse Christian IV la demande d’agrandissement de leur trop petit cimetière où aucun corps ne peut être enterré sans devoir sortir un cadavre enterré quelques années plus tôt. Ils vous demandent d’agrandir leur cimetière en y incluant la moitié du jardin du presbytère attenant. Ils ont reçu l’aval du consistoire supérieur. Mais comme rien n’a bougé entre temps, probablement à cause de la jalousie de quelques personnes et comme c’est toujours le seul endroit pour enterrer leurs morts et que la difficulté pour y enterrer les morts s’est encore accrue depuis. Depuis la demande de 1769 à ce jour, 170 morts ont été enterrés et comme l’agent d’état Galland de Lüzelstein l’a constaté de visu il ne peut plus être enterrés que 8 morts et que presque à chaque enterrement on soit obligé de sortir des cadavres ou de percer des cercueils, ce qui représente un spectacle atroce et avec des menaces d’émanations mortelles. Il est pratiquement impossible de retenir le dégoût de ces odeurs pestilentielles.
Ils demandent instamment que le cimetière soit bientôt autorisé à s’étendre et recueilleraient avec gratitude si, « eu égard avec leur pauvreté, une petite participation de l’impôt d’église soit accordée » Ils espèrent aussi qu’avec le nouveau cimetière, ils gardent leurs droits sur l’ancien car le cimetière tout seul ne suffirait pas et serait trop petit.
Dans l’espoir d’un bon dénouement nous restons vos serviteurs du consistoire supérieur.
Suivent les signatures.

Cette demande urgente ne reçue pas non plus de suite. Bien plus, il semble que l’on se dirigeait vers une solution plus pratique à cette question. On construit, semble-t-il à cette époque des cimetières pour les protestants à Weislingen, Hinsbourg et Struth. Ainsi le cimetière de Tieffenbach suffisait pour la population locale, au moins on s’en servit encore durant de longues années. C’est seulement en 1848 que des voix s’élevèrent à nouveau pour estimer la création d’un nouveau cimetière nécessaire. Le pasteur Boringer fit les démarches pour obtenir l’extension du cimetière. Mais les évènements de la Révolution ont barré le chemin de ses intentions et son projet resta enterré jusqu’en 1859 où son successeur Ensfelder déroula à nouveau la question du cimetière. Cette fois-ci avec succès. Le conseil de Fabrique de Tieffenbach demanda dans sa séance du 28 octobre 1860 la construction d’un nouveau cimetière comme urgente, car l’ancien cimetière était tellement surchargé que chaque enterrement était une profanation des autres tombes. La question de l’emplacement provoqua quelques retards, mais on s’accorda cependant sur un emplacement sur le chemin vers Struth, le dénommé Pfarracker pour y implanter le nouveau cimetière. Et cela fût fait. La bénédiction du nouveau cimetière eut déjà lieu l’année suivante en 1861.
Nous ne pouvons pas laisser sous silence, avant de terminer notre article, que sur l’ancien cimetière autour de l’église deux anciens Pasteurs sont enterrés. Ce sont les pasteurs Herbst décédé en 1839 et le pasteur Wagner décédé en 1859. La pierre tombale du premier a été ensevelie lors des travaux de rénovation et d’agrandissement de l’ancienne église par les catholiques. Le pasteur Wagner était le père du célèbre prédicateur Charles Wagner à Paris. Sa tombe se trouve au milieu du cimetière, la pierre tombale, une colonne brisée gît cassée à terre. L’inscription est assez lisible : Karl Adolf Wagner, geb zu Herbitzheim 21 April 1809, gest. 8 Februar 1859. Le socle se trouve encore sur la tombe. Dans ce contexte il faut également signaler qu’à l’intérieur de l’ancienne église qui fût arrachée en 1743 pour vétusté, deux pasteurs étaient également enterrés. Le pasteur Johannes Geffer dcd en 1612 et le pasteur Philippe Fendrich von Nördlingen dcd en 1621. Deux inscriptions sur le mur indiquent leurs tombes.

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